Affichage des articles dont le libellé est Théoricien. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Théoricien. Afficher tous les articles

mardi 25 septembre 2007

Louis de BONALD

Louis de BONALD

(Millau, 2 octobre 1754 - Millau, 23 novembre 1840)


Par Marc Nadaux






Louis de Bonald est né le 2 octobre 1754 au château familial de Monna, près de Millau dans le Rouergue. Issu d’une famille de juristes, il fait ses études au collège des Oratoriens de Juilly puis sert quelques temps aux Mousquetaires du Roi. Il se retire bientôt du service en 1776 après avoir épousé une jeune fille d’une bonne maison rouergate, Elizabeth Guiral. En 1785, Louis de Bonald est nommé maire de Millau ; quelques années plus tard en 1790, il conserve cette fonction après avoir été élu. Il préside également l’assemblée du département de l’Aveyron, récemment créée. Cependant, Louis de Bonald démissionne de ses fonctions, protestant ainsi contre le serment constitutionnel des prêtres qu’il a refusé lui-même d’appliquer dans son village. Il émigre en octobre 1791 et rejoint l’armée de Condé puis se retire outre-Rhin, à Heidelberg.

Les événements révolutionnaires alimentent ses pensées qui se cristallisent en une vision réactionnaire de la société. Il publie ainsi en 1796 à Constance son œuvre maîtresse, la Théorie du Pouvoir politique et religieux dans la Société civile, démontrée par le raisonnement et par l’histoire. Bonald s’y emploie à ruiner les fondements de la Révolution. Il s’oppose ainsi à la théorie du contrat social de Rousseau mais aussi à l’individualisme issu selon lui des Lumières et du XVIIIème siècle. Bonald pense en effet que la société l’impose à l’individu ; celui-ci subissant ses lois. L’autorité n’émane donc pas de la volonté populaire, de la nation. Il affirme que la monarchie est la base de l’organisation de la société, celle-ci étant un ensemble de communautés à la hiérarchie desquelles préside le pouvoir royal. Le roi est investit de l’autorité par la présence divine tandis que les trois ordres empêchent la tyrannie de s’installer. Enfin les corporations encadrent et organisent le travail du peuple. Cet ordre a été détruit par la Révolution qui a libéré la volonté corrompue des Hommes. Elle conduit depuis lors le monde à sa dissolution.



L’émigré rentre bientôt en France sous le Directoire. Il enrichit sa théorie et fait publier en 1800 un Essai analytique sur les Lois naturelles de l’Ordre social. Sous le Consulat, il exprime ses conceptions monarchistes dans un hebdomadaire, le Mercure de France, aux cotés des poètes Jean-François de La Harpe et Louis de Fontanes. Il rédige un nouvel ouvrage, De la Législation primitive considérée dans les derniers Temps par les Lumières de la Raison, en 1802. Louis de Bonald, nostalgique de l’Ancien Régime, entre par la suite en 1810 au conseil de l’Université, un corps créé en 1806 qui doit régir l’enseignement en France, grâce à la recommandation de Fontanes. Celui-ci, désigné par Napoléon Ier comme Grand Maître, sollicite ainsi avec Bonald d’autres catholiques ultramontains, trahissant par là-même les intentions de l’Empereur ...

Celui-ci quitte bientôt de façon définitive le pouvoir. En 1816, Louis de Bonald entre à l’Académie Française grâce à une ordonnance royale. Il publie en 1818 ses Recherches philosophiques sur les premiers Objets des Connaissances morales puis en 1827 une Démonstration du Principe constitutif des Sociétés.



La vie politique s’organise sous la Restauration. Grâce à ses écrits, Louis de Bonald devient un des théoriciens et inspirateurs du parti ultra. Il en est également l’une des figures les plus influentes. En 1815, il est élu député de son département, l’Aveyron ; il sera d’ailleurs réélu après la dissolution de cette "Chambre Introuvable" l’année suivante. Au Palais Bourbon, il se fait l’avocat de conceptions antilibérales. En 1816, Louis de Bonald est le rapporteur de la loi abolissant le divorce. Il s’était élevé en 1801 contre ce legs républicain avec la publication d’un opuscule, Du divorce. Hostile au centralisme administratif qui lui rappelle le jacobinisme républicain, il plaide lors des débats budgétaires la cause des communes et des départements. La dégradation de la condition des ouvriers le préoccupe également.

Son activité et ses pensées d’homme politique trouvent toujours un développement dans la presse. En 1818 et autour de François-René de Chateaubriand, il fait partie avec le marquis de Villèle et Félicité de Lamennais des rédacteurs du journal semi-périodique Le Conservateur qui paraît jusqu’en 1820. Louis de Bonald et quelques-uns de ses rédacteurs lui donnent un successeur jusqu’en 1821 avec Le Défenseur. L’année suivante et à la suite du vote de la nouvelle législation sur la presse, il devient le président du comité de censure. Le député de l’Aveyron et néanmoins vicomte depuis 1821, candidat malheureux à la présidence de la Chambre en 1823, est bientôt nommé pair de France. Avec 26 autres membres du parti ultra, il fait son entrée au palais du Luxembourg grâce à l’ordonnance du 23 décembre 1823 destinée à soutenir le ministère Villèle. Il renonce cependant à cette dignité après les Trois Glorieuses et la chute de Charles X en 1830.



Louis de Bonald refuse de prêter serment au nouveau souverain, Louis-Philippe d’Orléans. Il vit désormais dans la retraite, celle de son château dans l’Aveyron. Il décède le 23 novembre 1840.

Joseph de Maistre (1753-1821)

Véritable réactionnaire, ennemi acharné du libéralisme de la Révolution française de 1789, a fortiori de la révolution jacobine de Robespierre, le comte Joseph de Maistre consacre sa vie et son oeuvre (§ 1) à lutter contre les Lumières lucifériennes, pour l'unité nationale par l'ordre divin et l'expiation des péchés (§2).

§ 1. La vie et l'oeuvre

Le comte Joseph de Maistre est né à Chambéry en 1753. Son père était président du Sénat de Savoie, province alors dépendante du royaume de Sardaigne.
Lui-même fut magistrat puis sénateur.

En 1792, lors de l'invasion française, il quitte son pays pour se réfugier en Suisse puis à Turin, capitale du royaume.
De 1803 à 1817 il représente à Saint-Pétersbourg, comme envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, le roi de Sardaigne, son prince, Victor-Emmanuel 1er.

Revenu à Turin en 1817, il est nommé premier président des Cours Suprêmes. Il décède à Turin en 1821.

-----

Homme de cabinet, il consacre de nombreuses heures par jour à l'écriture.
Aussi ses oeuvres complètes comprennent-elles 14 volumes (Lyon 1884-1887). Il écrit notamment :
- De la souveraineté (publié en 1870) ;
- Considérations sur la France, 1796 ;
- Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, 1814 ;
- Du Pape, 1819 ;
- De l'Eglise gallicane, 1821 ;
- Soirées de Saint-Pétersbourg, 1821.

Textes disponibles sur internet

§ 2. Pour l'unité nationale par l'Ordre divin et l'expiation des péchés

A/ L'unité nationale

Selon le comte Joseph de Maistre, magistrat monarchiste catholique, le mal est dans l'homme, et il est incommensurable :
"Commençons par examiner le mal qui est en nous, et pâlissons en plongeant un regard courageux au fond de cet abîme ; car il est impossible de connaître le nombre de nos transgressions, et il ne l'est pas moins de savoir jusqu'à quel point tel ou tel acte coupable a blessé l'ordre général et contrarié les plans du législateur éternel" (Soirées, I,214).

Le mal c'est la division, c'est l'unité brisée, unité qui est voulue par Dieu. Or pour remédier au mal et à la division, l'on ne peut compter sur l'homme lui-même, qui est mauvais, entaché du péché originel.
Il n'y a que deux moyens de salut, un moyen préventif, l'autorité, et un moyen curatif, l'expiation.

L'autorité est la condition du maintien de l'unité. Il faut que la société religieuse et la société civile soient soumnises à l'ordre voulu par la providence divine.
Le moyen dans la société religieuse est 1'infaillibilité pontificale et dans la société civile la souveraineté.

C'est Dieu qui souhaite que les hommes soient regroupés par affinités naturelles en sociétés hiérarchisées, en nations.
Les peuples n'ont pas le choix. La souveraineté résulte directement de la nature humaine mais c'est Dieu le créateur de cette nature. "C'est une loi du monde physique : Dieu fait les rois au pied de la lettre" (Oeuvres complètes, I.232).

Chaque nation a son caractère, et ce caractère fait son type de gouvernement. L'homme ne saurait constituer un nouveau type de gouvernement par sa libre détermination, il usurpe ainsi le gouvernement voulu par Dieu.
La Révolution française ne peut être que "satanique" puisqu'elle entend mettre l'homme à la place de Dieu.

Le oaractère national est constitué d'un ensemble de maximes religieuses et politiques qui sont devenues des "dogmes nationaux" et qui font une "raison nationale".
Le souverain a pour devoir d'en imposer le respect par les prêtres, les hauts fonctionnaires, les magistrats.
Les savants n'ont pas d'autres obligations que de subordonner leur science à cette "raison nationale" qui vient tempérer les excés de la raison individuelle.
L'homme s'agite et Dieu le mène. C'est l'action continuelle de la Providence qu'il faut avoir toujours en vue. C'est pourquoi les actes des hommes, y compris les plus criminels, sont à considérer quant à leurs effets profonds.

Les hommes sont pris dans un tourbillon social qui les dirige sans qu'ils s'en doutent, qui leur impose leurs pensées, leurs sentiments et leurs actes.

B/ L'Ordre divin et l'expiation des péchés

Ainsi va la vie des Nations sous l'impulsion de Dieu, et le mal lui-même, voulu par la Providence divine, oeuvre pour, en définitive, le triomphe du bien.
Car malgré l'autorité divine et humaine, le Pape et le Souverain, l'homme continue à pécher, à faire le mal.

Il faut donc que l'être humain expie.
Il faut qu'il expie par le sang, pour que le bien triomphe, et que le repenti gagne son salut.

C'est que le sang versé par le bourreau, cet envoyé de Dieu, cet indisnensable gardien de l'intégrité nationale, ce soutien de l'ordre, est la condition nécessaire de l'unité politique.

De même le sang versé sur les champs de bataille, les mille souffrances qui assaillent 1'humanité, les massacres, les morts violentes, les maladies, en faisant disparaître par la souffrance les souillures de nos péchés et de nos crimes, sont les moyens employés par la Providence divine pour ramener les hommes à l'unité, au bien.

L'innocent lui-même, qui souffre, expie pour le coupable ; et de même que Jésus-Christ a donné sa vie innocente pour racheter les péchés du monde, la victime innocente donne son sang pour le coupable :
"Le juste souffrant volontairement. ne satisfait pas seulement pour lui-même, mais pour le coupable qui, de lui-même, ne pourrait s'acquitter" (Soirées, p. 130).


Texte de Denis Touret