mardi 2 octobre 2007

BATAILLE DE BOUVINES

La bataille de Bouvines : 27 Juillet 1214.



Rappel historique de 1192 à 1214.

C'est en août 1192 que Richard Cœur de Lion décide de rentrer de la troisième croisade (1189-1192). Il a l'imprudence de passer par les terres de Léopold d'Autriche, qui, "conseillé" par le roi de France Philippe Auguste, le capture et le livre à l'empereur Henri VI. A sa libération (1194), il engage les hostilités contre le royaume de France, mais en 1199, il meurt d'un carreau d'arbalète pendant le siège du château de Châlus. C'est son frère Jean sans Terre qui lui succède, non sans peine. les barons et les prélats anglais hésitant entre lui et Arthur de Bretagne, neveu de Richard, mais sous la main de Philippe Auguste.
Pour finir, Jean sans Terre est couronné Duc de Normandie le 25 Avril 1199, roi d'Angleterre le 25 Mai, Arthur de Bretagne prête hommage à Philippe Auguste pour la Bretagne, le Maine et l'Anjou, alors qu'Alienor rend elle l'hommage pour l'Aquitaine.
En 1209, à cause d'une élection contestée à l'archevêché de Canterbury, Innocent III excommunie le royaume d'Angleterre, et charge Philippe Auguste de le conquérir , en rémission de ses péchés. Le roi de France prépare alors son armée, et en 1213, alors qu'il se prépare à embarquer, un légat du pape vient lui apprendre que l'excommunication est levée ... Jean sans Terre, se jugeant perdu, a préféré se soumettre au pape, et accepte que l'Angleterre soit fief du Saint-Siège ... donc inattaquable sous peine d'excommunication. Rentré dans les faveurs du pape, Jean forme alors une coalition pour tenter de mettre fin à l'hégémonie du souverain français.
Les membres de la coalition.
Otton IV de Brunswick, roi de Germanie est élu par l'archevêque de Cologne dès 1198, et ce, au dépens du Hohenstaufen Philippe de Souabe. Après la mort de ce dernier, Otton IV rentre dans les grâces du pape Innocent III en acceptant de larges restitutions territoriales au patrimoine pontifical et en promettant de l'appuyer dans le royaume de Sicile (4 Octobre 1209). Mais, aussitôt élu, il le trahit, et celui-ci, après l'avoir excommunié (1210 et 1211), fait élire le jeune Staufen Frédéric avec l'appui de Philippe Auguste (1213). Otton IV, attiré par les deniers du roi d'Angleterre et décidé à combattre le roi de France, principal obstacle à son triomphe, rejoint la coalition.
Le Comte de Flandre Ferrand de Portugal, Comte par mariage avec Jeanne de Flandre, n'a jamais accepté de devoir rendre au roi les châtellenies d'Aire et de Saint-Omer et refuse de reconnaître les droits exercé du Roi de France sur la Flandre en un temps où le pouvoir sur les hommes était régi par le droit féodal d'hommage à un suzerain appelé à dominer vos terres. En 1213, le roi a ravagé sa terre, et brûlé Lille, capitale des Flandres ... Il rejoint la coalition.
Renaud de Dammartin était pourtant l'ami d'enfance de Philippe Auguste. Mais il n'a cessé de louvoyer entre les deux royaumes de France et d'Angleterre. En 1190, il renvoie son épouse Marie de Chatillon, cousine du roi, pour épouser la très riche héritière veuve du Comte de Boulogne. De ce mariage nait toutes sortes de jalousies, et notamment du Comte de Guines, du Comte de Saint-Pol et de la famille de Dreux. Assuré de l'inimitié capétienne ... il rejoint la coalition.
Font partie également de la coalition Arnoul d'Audenarde, Buridan de Furnes, Hugues de Boves ( obligé de fuir la France car meurtrier d'un prévôt du roi ) et Gauthier de Ghistelle.
Les préparatifs de la bataille.Enluminures
Alors que Jean sans Terre est parti se faire battre à La roche aux Moines (2 Juillet 1214), Otton quitte Aix la Chapelle ; le 12, il est à Nivelle, puis se dirige vers Valenciennes. Le 23, l'armée française se rend de Péronne à Douai ; le 26, elle est à Tournai ... Philippe a résolu de prendre les coalisés à revers en les contournant par le Nord-Est, de manière à intercepter les communications entre l'Allemagne et la Flandre. Prévenu par ses espions, l'empereur transfère son armée de Valenciennes à Mortagne, au confluent de la Scarpe et de l'Escaut ... à trois lieues des français.
Philippe réunit alors ses cousins, les Comtes, les chevaliers ... tous décident de se replier vers Lille par la route la plus courte ; route dont le passage obligé est le pont qui enjambe la Marque et ses marais ... le pont de Bouvines. Alors que l'armée a déjà commencé à franchir ce pont, l'armée des coalisés est en vue ... La bataille de Bouvines commence ...
La bataille de Bouvines ( 27 Juillet 1214 ).

Alors que le roi se repose à l'ombre d'un frêne, frère Guérin vient le trouver pour lui apprendre la nouvelle : Bien que ce jour soit celui du seigneur (Le 27 Juillet 1214 tombait un Dimanche et " Il est interdit d'assaillir son ennemi depuis la neuvième heure du samedi jusqu'à la première heure du lundi " a décrété le concile d'Elne en 1027), la bataille aura lieu.
Le roi ne faiblit pas ; il ajuste son haubert, adresse une courte prière dans une petite chapelle dédiée à Saint-Pierre, et donne ses ordres à ses fidèles, Michel de Harnes, Guillaume des Barres, Gérard la Truie, Mathieu de Montmorency, Pierre Mauvoisin et tous les autres.
Les deux armées sont rangées en bataille de trois corps chacune.
Au centre de l'armée française, Philippe Auguste, est entouré de ses chevaliers d'élite,. A sa droite, la bataille commandée par le Duc Eudes de Bourgogne et ses lieutenants, composée des chevaliers champenois et bourguignons. A sa gauche, les chevaliers et les piétons, conduits par Robert de Dreux, les Comtes de Ponthieu, de Soissons, de Grandpré et le sire de Saint-Valéry.
En face de lui, l'armée d'Otton, trois fois plus importante. Au centre, l'empereur, avec sa garde saxonne, sa chevalerie des Ducs de Lorraine et de Brabant, du Comte de Namur et son infanterie brabançonne et allemande. A sa gauche, le Comte de Flandre commande outre la cavalerie et l'infanterie, les milices flamandes. A sa droite, c'est Renaud de Dammartin qui s'occupe des fantassins brabançons et des chevaliers anglo-flamands de Guillaume Longue-Epée et d'Arnaud d'Audenarde.
La bataille peut commencer ... Tout d'abord, ce sont des sergents à cheval qui sont envoyés contre les flamands. Ces derniers les reçoivent avec grand dédain ... Envoyer des vilains contre des chevaliers est un manquement grave aux usages ...
Puis, les choses sérieuses commencent. Trois chevaliers flamands, Gautier de Ghistelle, Buridan et Eustache de Malenghin viennent défier leurs homologues champennois ... et se font battre et capturer ; Gautier, qui ne cesse d'hurler "A la mort, à la mort aux Français" se fait couper la gorge.
C'est au tour du Comte Gautier de Saint-Pol, aidé de ses chevaliers, de charger les flamands ; une charge d'une telle puissance qu'il transperce les lignes ennemies. Il tourne bride, fonce à nouveau recommence, et ainsi de suite jusqu'à en perdre le souffle. Le Duc de Bourgogne entre alors dans la bataille ... et tombe à terre car on lui a tué son cheval ... A peine lui en a t'on ramené un autre, il se lance dans la bataille, fou de rage, pour laver sa honte : (...) il brandit la lance et brocha des éperons, puis se jetta au plus dru de ses ennemis par grande ire. Il ne prenait garde ou il frappait, ni qui il rencontrait, mais vengeait son mautalent sur tous également, comme si chacun de ses ennemis lui eut son cheval occis.
Après quelque heures de bataille, Ferrand de Portugal se rend, exténué aux frères de Mareuil, Hugues et Jean ... Le flanc gauche d'Otton n'existe plus !!
Au centre, la bataille d'Otton a pour l'instant l'avantage ; son infanterie fait merveille, et chacun n'a qu'un but : tuer Philippe Auguste. Soudainement, les piétons allemands arrivent à l'encercler et à le désarçonner. Galon de Montigny agite la banière pour demander de l'aide, et c'est Pierre Tristan qui le premier voit le signe. Il s'interpose et fait rempart de son corps ... Philippe est remis en selle, indemne. C'est alors que Pierre Mauvoisin arrive à la hauteur d'Otton et, croyant le frapper d'un couteau, atteint en fait la tête du cheval. Celui ci, affolé se met à galoper avant de tomber mort. Dès qu'un autre cheval lui est ramené, Otton s'enfuit le plus vite qu'il le peut ... jusqu'à Valenciennes.
Pendant ce temps, Robert de Dreux et l'évêque de Beauvais sont à la peine ; Renaud de Dammartin et Guillaume Longue-Epée ont enfoncé les lignes françaises et tentent de prendre le pont de Bouvines. Heureusement, ils se heurtent aux 400 massiers du roi. Ceux-ci les repoussent, Guillaume Longue Epée est capturé, ce qui provoque la fuite des anglais. Renaud de Dammartin est le dernier à résister ... Il a adopté un nouveau dispositif que même ses ennemis admirent : Le hérisson. Dès qu'il est fatigué, il vient se reposer avec ses chevaliers au centre d'une quadruple ellipse hérissée de piques et de crochets que forme son infanterie, et quand il a repris ses esprits, l"enceinte" s'ouvre et il peut alors charger ses ennemis.

Mais, il se rend bien compte, en voyant tout le monde fuir, que la bataille est perdue. Il finit par se rendre à Frère Guérin, qui le sauve de la mort que les fantassins et qu'Arnaud d'Audenarde lui réservent.
Après une après-midi de combats acharnés, la bataille de Bouvines est terminée, et la monarchie capétienne semble invulnérable aux yeux de tous ...
En trois heures, tout est joué. La victoire est sans appel. Dans les rangs des chevaliers français, seuls dix sont morts. Le rex christiannissimus, le roi très chrétien Philippe II est victorieux ... seul, face à son créateur. Il prend alors le titre d' Augustus, Philippe II Auguste. A travers les images d'Épinal, on retrouve jusqu'au XIX ème siècle la célébration de cette victoire comme celle du nationalisme français face à ses adversaires ( dont en 1914, l'ennemi germanique )