mercredi 3 octobre 2007

Charles Martel



Maire du palais d'Austrasie sous les derniers Mérovingiens. Charles était le fils de Pépin d'Héristal et de sa concubine Alpaïde. Postérieurement, on forgera une origine héroïque au vainqueur de Poitiers (25 octobre 732), guerrier habile, qui devait son surnom de Martel (marteau) à une imdomptable énergie.


La conquête du pouvoir

Sa situation de bâtard l'aurait sans doute confiné dans un rôle obscur si des hasards généalogiques n'en avaient fait le seul héritier apte à conserver l'héritage paternel. Pépin d'Héristal avait dû se résigner à éloigner Alpaïde et à reprendre sa femme légitime, Plectrude. La mort de son fils Grimoald, à laquelle Alpaïde n'est pas étrangère, provoque une crise successorale : Pépin meurt en 714 et laisse ses pouvoirs de maire du palais d'Austrasie et de Neustrie à son petit-fils Théobald, âgé de six ans. Plectrude gouverne en son nom et fait emprisonner Charles.

Cette faiblesse du pouvoir est mise à profit par les Frisons et les Neustriens, qui se révoltent et menacent la domination de l'Austrasie sur le royaume franc. Cette crise entraîne la chute de Plectrude.

Dès 715, Charles Martel est libéré et proclamé maire du palais d'Austrasie par les grands ; il élimine Plectrude, rétablit la situation en Neustrie et assure la légitimité de son pouvoir en faisant couronner roi en 720 un Mérovingien qui lui est tout dévoué, Thierry IV (713-737).


L'unification du royaume franc

Charles passe alors à l'offensive. En Germanie orientale, il mène expédition sur expédition contre les Frisons, les Saxons et les Bavarois : il amorce ainsi l'œuvre de rassemblement des peuples germaniques sous l'autorité franque, œuvre que Charlemagne devait mener à son terme.

Dans le sud de la Gaule, il entreprend de ramener dans l'orbite franque l'Aquitaine et la Provence. Son intervention en Berry, en 731, contre le duc Eudes, enclenche le processus d'invasion par les musulmans d'Espagne ; Eudes a fait alliance avec un chef berbère du nord de la péninsule en révolte contre le gouverneur Abdérame. Celui-ci vient à bout facilement du rebelle et, sur sa lancée, franchit les Pyrénées et pille l'Aquitaine. Eudes, vaincu, appelle Charles Martel, qui bat les musulmans entre Poitiers et Tours le 25 octobre 732. Cette victoire lui permet de soumettre l'Aquitaine et de se tourner vers la Provence pour faire reconnaître son autorité à l'aristocratie locale, alliée aux musulmans.

A Poitiers comme dans ses combats provençaux, Charles ne se pose pas en défenseur de la foi : il cherche à protéger ses frontières et à rétablir la domination franque sur les pays du sud de la Loire. D'ailleurs, il doit ses succès en partie à son absence totale de scrupules à l'égard de l'Eglise : il s'est emparé de nombreux domaines ecclésiastiques pour les distribuer en bénéfices à ses propres fidèles, ce qui rallie à sa cause une clientèle considérable sans affaiblir son patrimoine.


Controverses sur la bataille de Poitiers

Certains auteurs ont nié l'existence de cet épisode célèbre du règne de Charles Martel. A tort sans doute, mais les sources, tant musulmanes que chrétiennes, sont si confuses que des points essentiels demeurent extrêmement controversés. La date traditionnelle du 25 octobre 732 n'est pas acceptée par certains historiens, qui lui préfèrent celle d'octobre 733.

La localisation du combat prête à discussion : près de Poitiers? près de Tours? ou entre les deux? Enfin, l'importance de la bataille est appréciée différemment. Fait capital dans l'histoire européenne, a-t-elle bloqué l'expansion musulmane et sauvé le christianisme occidental ? ou bien ce combat fut-il une simple péripétie sans signification, l'arrêt de l'expansion de l'islam étant dû à d'autres causes? Les contemporains, en tout cas, n'ont pas perçu l'importance de l'événement, ce qui ne saurait surprendre. Quant à Charles Martel, il a sans doute été bien près de penser qu'en battant les Arabes à Poitiers il battait en fait des Aquitains.