jeudi 27 septembre 2007

Jeanne Hachette

L'HEROIQUE DEFENSE DE JEANNE HACHETTE ET DES FEMMES DE BEAUVAIS



Assiégée depuis le 27 juin 1472 par les troupes du
duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, la bonne ville de Beauvais
semble perdue. Mais, le 22 juillet, le courage et la hardiesse de ses habitantes
vont forcer l'ennemi à abandonner la place et à faire retraite.
Les Beauvaisiennes y gagneront la reconnaissance de Louis XI et le privilège
de se vêtir "comme bon leur semblera". Jeanne Laisné,
elle, y gagnera le surnom de "Jeanne Hachette" et le privilège
d'entrer dans la légende de l'Histoire de France.


Après avoir envahi la Picardie, Charles le Téméraire
marche sur Beauvais. Le 27 juin 1472, à la tête de 80 000 hommes,
le duc de Bourgogne n'a aucun mal à s'emparer des faubourgs. Dépourvue
de toute garnison, la ville ne peut guère compter sur la protection de
ses remparts, peu élevés et dont les fortifications sont quasiment
en ruine. Dans la cité assiégée, la panique règne,
et l'on se presse vers les portes. L'évêque est au nombre des fuyards.
Outrée de le voir ainsi abandonner ses ouailles dans la détresse,
une opulente bourgeoise, l'épouse de maître Jean de Bréquigny,
saisit la bride de son cheval et le force à rebrousser chemin. Sa hardiesse
rend courage à toute la population, qui jure de se défendre et
de tenir bon. En hâte, les hommes s'arment de leur mieux. Les enfants
ravitaillent les combattants en poudre et en flèches. Les femmes dépavent
les rues et font pleuvoir une grêle de pierres sur les assaillants. Plusieurs
d'entre elles se saisissent de piques ou de haches et montent sur les remparts,
où d'autres ont hissé la châsse de Sainte Agadrême,
patronne de Beauvais.


Au premier assaut, porte du Lymaçon,
les Bourguignons sont repoussés. Au deuxième assaut, porte de
Bresle, ils sont accueillis avec la même farouche détermination.
C'est alors qu'entre en scène une jeune fille de dix huit ans, Jeanne, cardeuse
de laine de son état et fille de Mathieu Laisné, un modeste artisan.
"La porte était enfoncée,
peu ou point de soldats pour la défendre. Mais les habitants se défendaient
(...). Les femmes vinrent se jeter sur la brèche avec les hommes; la
grande Sainte Agadrême, qu'on portait sur les murs, les encourageait;
Jeanne Laisné se souvint de Jeanne d'Arc"
,
relate l'historien Jules Michelet dans son Histoire de France. Jeanne
grimpe sur la brèche, où un Bourguignon s'apprête à
planter son étendard. Elle arrache sa bannière au soldat, lui
fend le crâne d'une coup de hachette et le précipite dans le fossé
au bas des murailles.
Le 22 juillet, après onze heures d'un combat
acharné, Charles le Téméraire, vaincu par la résistance
si opiniâtre de tout un peuple, doit lever le siège et ordonner
à ses troupes de se replier. Beauvais est sauvée. Quelques jours
plus tard, le maréchal Joachim Rouault ouvre les portes de la ville à
Louis XI. Au roi et à son armée, qui pourtant arrivent trop tard,
les Beauvaisiens font un triomphe. En grande pompe, un cortège accompagne
Jeanne jusqu'à l'église des Jacobines. La jeune fille y dépose
pieusement aux pieds de Saint Agadrême l'étendard bourguignon,
fait de toile blanche fleuronnée et damassée, orné de figures
et d'armoiries dorées.


Louis XI accorde de nombreux privilège
à sa bonne ville de Beauvais. Pour consacrer son héroïque
défense, il décrète, par ordonnance royale datée
de juin 1474, que chaque année, le jour de la fête de Sainte Agadrême,
aura lieu une procession solennelle où les femmes auront le pas sur le
clergé et les hommes. Ce sera la "fête de l'Assaut",
célébrée chaque dernier week end de juin. En outre, les
courageuses Beauvoisiennes se voient conférer un privilège alors
exorbitant : porter les mêmes vêtements que les dames de la noblesse.
"Toutes les femmes et filles qui
sont à présent et seront à tout jamais de ladite ville
se pourront, le jour de leurs noces, et toutes autres fois que bon leur semblera,
parer, vêtir et couvrir de tels vêtements, parements, joyaux et
ornements que bon leur semblera, sans que, pour ce, elles puissent être
aucunement notées, reprises ou blâmées, de quelque état
ou condition qu'elles soient"
.
L'épisode
de la courageuse jeune fille repoussant les assaillants avec une petite hache
n'est mentionné dans aucun texte de l'époque. Sans doute le surnom
de "Jeanne Hachette" n'a-t-il été attribué à
l'héroïne qu'après les faits. Néanmoins, le chroniqueur
Loysel rapporte que "toutes les femmes de la ville (...) se montrèrent
si vaillantes en ce siège qu'elles ont surmonté la hardiesse des
hommes de plusieurs autres villes"
. C'est donc en toute justice que le
roi a rendu hommage à Jeanne Hachette et à ses concitoyennes.



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